Histoire, philosophie et technique de Tenshingoso

Tenshingoso est incontestablement le  chef-d'oeuvre de maître Aoki Hiroyuki, présenté à l'issue de sa formation en Karaté Shotokaï sous la direction de maître Egami Shigeru, directeur de l'école Shotokai et en son temps premier disciple de Gishin (Shoto) Funakoshi.

Les prémisses A/U(m) semblent avoir été partagées entre les deux hommes. C'est à tout le moins l'impression qui se dégage des annexes de l'ouvrage de Shigeru Egami, L'essence du Karaté-do - Ce que cache la technique  (Ed. Budo, 2010), dans laquelle il consacre une page entière à la présentation de la pratique "A-U(m)", étirement mains ouvertes vers le ciel/repli en position accroupie. Il n'indique malheureusement pas si cette pratique appartenait antérieurement à la tradition du karaté venue d'Okinawa, si elle avait été introduite par lui-même (qui pratiquait assidûment le yoga) ou si elle est un effet a posteriori de l'influence qu'aurait eu sa collaboration avec Hiroyuki Aoki sur les kata du karaté Shotokaï.

Concernant la création du kata lui-même, voici ce qui est dit dans l'ouvrage Vivre c'est brûler ! (Quettier, ed. Shakunetsu, 2021, pp. 37-38) : "La recherche d’Aoki sur les pratiques de méditation mikkyō et leur application directe dans le champ martial commençaient à porter leurs fruits. Il avait en définitive isolé une dizaine d’expressions essentielles présentes dans différents mouvements d’attaque ou de réception des waza et des kata des arts martiaux mais s’avérant également efficaces dans d’autres domaines comme la santé ou le développement psychologique. Il avait pratiqué ces mouvements en solo comme en kumite et commençait à en tirer des « principes actifs » qu’il déclinait en contenus enseignables dans le cadre de pratiques expérimentales. H.F. Itō témoigne l’avoir vu à de nombreuses reprises enchaîner ces différentes expressions, passant de l’une à l’autre sans ordre apparent, jusqu’à ce qu’en avril 1965 (1) il présente à ses disciples un ensemble cohérent de mouvements, un kata. Cette cohérence ne tenait pas tant à une logique d’enchaînement martiale qu’à une vision plus universelle, inscrivant ce nouveau kata comme expression de principes communs à différents cycles d'existence.

Bien que les postures symboliques remarquables y soient au nombre d’une dizaine(2) le nom qu’il donna alors au kata, Tenshingosō, les regroupe en cinq mouvements principaux, « Cinq expressions de vérité universelle », chacun renforcé de l’action du souffle faisant résonner les cinq voyelles – a, é, i, o, u(m) – voyelles qui les identifieront dans les développements et applications ultérieurs du kata.

Tenshingoso a été conçu dès l'origine comme le vecteur unique d'un ensemble de trésors culturels de la tradition Japonaise, dont certains hérités d'Inde et de Chine :

  • Un recueil exhaustif des gestes d'attaque et de réception des arts martiaux dans leur expression la plus essentielle, chacun applicable à une diversité de techniques particulières
  • Un ensemble de posture et de mudra de méditation enseignés par le bouddhisme ésotérique mykkyo et par la tradition animiste yamabushi
  • Une pratique de renforcement et de nettoyage des méridiens selon la médecine chinoise et un enseignement de différentes applications thérapeutiques.

Plus encore, Tenshingoso organise ces différents éléments de manière à constituer le récit symbolique d'un cycle d'existence, de la naissance à la mort, en passant par la croissance, la concentration, l'épanouissement, la fructification, la maturité, l'abandon et le retour au néant. Ce cycle s'applique à de nombreuses circonstances, depuis une simple conversation jusqu"au management de grandes organisations.

Par la suite, qu'elles soient appliquées à la pratique martiale, au développement personnel, à la santé ou comme expressions de telles ou telles phases à l'intérieur d'un cycle en accomplissement, les différentes expressions de Tenshingoso pratiquées jour après jour, constituent les éléments d'un langage permettant d'en faire sens pour soi-même et avec des partenaires.

 

(1) Selon K. Hokari (Les origines du Shintaido, 1990, pp. 5-2 à 5-4) et Aoki (Shintaido, 1991, p 41).
(2) K. Hokari en nomme quatorze (ibid. p. 5-4).